VENDREDI 17/04 À BRUXELLES
CONFÉRENCE : "CHANGEONS LA RECETTE DU SYSTEME ALIMENTAIRE" au CNCD-11.11.11
La conférence s’est déroulée selon 2 panels regroupant chacun 4 intervenant·es : le 1er panel célébrant les 30 ans de Journées internationales et le second visant à croiser 4 ingrédients pour changer la recette des systèmes alimentaires.
Après quelques mots d’introduction, Batista a rappelé le pourquoi nous étions toustes réuni·es en ce 17 avril et ce qui nous pousse à nous mobiliser chaque année.
30 ans plus tôt, jour pour jour, Batista foulait « la curva » d’Eldorado dos Carajás dans l’état du Pará au Brésil avec sa famille. Cet état, où les richesses particulièrement abondantes sont accaparées, est déjà connu pour de nombreuses attaques à l’égard des militant·es qui défendent le droit des travailleur·euses face à l’agrobusiness. Ce jour-là, il voit les bombes lacrymogènes lancées par les policiers, les hommes tomber, le sang couvrir le bitume et le mouvement de panique de la foule. Batista retrouve sa famille plusieurs heures après le massacre et sa volonté de lutter n’en sort que renforcée.
Nous avons croisé les regards entre Brésil et Europe pour une compréhension mondiale des systèmes alimentaires : nous avons de grands points de convergence car nous luttons pour des besoins de base face à l’agrobusiness qui agit au détriment des paysan·nes du monde entier.
Nous avons ensuite rassemblé 4 batailles pour changer la recette :
- celles de la politique agricole européenne ;
- de la lutte contre la faim ;
- le commerce agricole ;
- et les politiques climatiques.
La précarité alimentaire et la faim touche l’ensemble des continents. La pression sur les terres s’accélère tout comme la répression s’aligne à la montée des fascismes. Nous avons un ennemi commun face auquel une stratégie de lutte globale et mondiale est nécessaire. Si nous devons cultiver les alliances, une question reste en suspens : comment faire peur à l’agrobusiness ? Commençons par le nommer et le sortir de l’ombre !
Merci aux intervenant·es : Batista do Nascimento da Silva (du Mouvement des sans-terre), Ivan Mammana (représentant de la coordination européenne de la Via Campesina), Églantine Berthet (porte-parole de la Confédération Paysanne d’Alsace), Timothée Pétel (de la FUGEA), Juliette Pagnon (Agroecology in Action), François Grenade (Coalition Climat – Humundi), Emilie De Bassompierre (Coalition contre la Faim – FIAN) et Sophie Witgens (Stop UE-Mercosur – CNCD-11.11.11)
MANIF ACTION : FREE FARMERS, STOP FREE TRADE
À 15h30, des chants ont été entonnés au Square Orban pour lancer la marche qui démasquait les acteurs de l’ombre et les profiteurs cachés de l’accord UE-Mercosur. Encadrés de 2 tracteurs, de l’Antifafarre, et de chorales, un cortège de 200 agriculteur·rices, militant·es et citoyen·nes solidaires a marqué plusieurs arrêts et multiplié les actions dans le quartier européen :
- Croplife ou le « croque-mort » vendeurs de pesticides toxiques et lobbystes pour exporter toujours plus de substances interdites.
- Bayer, grand producteur du glyphosate et de nombreux OGMs, qui pousse toujours à moins de réglementations et moins de protections. Les militant·es en ont profité pour leur livrer 50 pesticides interdits en Europe et exportés dans le reste du monde. Un beau retour à l’envoyeur !
- DBI, grosse entreprise allemande comprenant pas moins de 45 lobbystes et un budget 2024 dépassant les 3.500.000 € pour défendre l’accord UE-Mercosur et influencer les politiques en faveur de l’agrobusiness.
- Parlement européen : le cortège s’est clôturé place du Luxembourg. Une effigie de ce système résolument toxique est éventrée au pied d’une bannière géante « STOP UE-Mercosur » par les paysan·nes brésilien, français et belge.
Une série de grandes affiches ont été collées à même la façade pour visibiliser ces lobbies qui tirent profit des accords de libre-échange. Un panel de pochoirs à leur entrée demandaient des comptes pour les paysan·nes et le vivant. À chaque arrêt, le micro a été pris pour pointer les méfaits, les enjeux et ce pourquoi nous devons perpétuer la lutte. Car oui, l’accord UE-Mercosur n’est pas le seul ni le dernier, mais il doit encore passer devant la Cour de justice de l’Union Européenne.
Hugues Falys, porte-parole de la FUGEA, a par ailleurs ajouté au micro que son syndicat “refuse un traité qui fait passer l’agriculture familiale en Europe et au Brésil sous le rouleau compresseur de l’agrobusiness, mais travaille à renforcer la solidarité avec celles et ceux qui construisent une agriculture plus juste et durable” .
Merci à Brieuc Van Elst pour les photos.
CINÉ-DÉBAT : LES LUTTES LAITIÈRES EN BELGIQUE
Dans le cadre de Nourrir Bruxelles, une projection du film « Il a plu sur le Grand Paysage » a fait salle comble au cinéma Nova.
Retraçant l’histoire d’éleveurs laitiers du pays de Herve et leurs luttes face à la libéralisation croissante du secteur dès 2008, le film fait écho à la situation actuelle. En effet, le secteur laitier européen traverse une nouvelle crise majeure, marquée par un effondrement des prix (jusqu’à -40% en quelques mois) sous les 35-40 centimes par litre, bien en dessous des coûts de production. Avec Jean-Jacques Andrien, réalisateur et Luc Hollands, éleveur laitier et fer de lance des luttes dans le documentaire, nous avons rouvert la porte du quotidien de ces éleveurs et éleveuses, à l’aube peut-être de nouvelles mobilisations…
SAMEDI 18 AVRIL À ANDERLECHT
RENCONTRE : CULTIVONS NOS LUTTES, RÉCOLTONS DES VICTOIRES
À Anderlecht, l’espace test agricole « graines de paysans » a accueilli un grand chapiteau le temps d’une journée chaleureuse (et un petit peu boueuse). Une nouvelle fois, le micro était tendu à Bastista et Eglantine, rejoint·es cette fois par Yesha Ramos, activiste philippine, et Damien, memnbre du RéSAP.
Chaque intervenant·e a présenté un brin d’histoire de leur mouvement, l’importance de tisser des liens, les réussites et les difficultés. Une ligne du temps a été dressée au fur et à mesure comme une trajectoire partagée. Pour reprendre les mots de Yesha : « être ici est déjà un message clair de notre solidarité ». Damien a aussi tenu à remercier la présence de ses 3 acolytes qui ont pour habitude de se retrouver le 17 avril avec leur mouvement et ont décidé d’être avec nous cette année.
Si les histoires, les parcours et les réalités sont bien différentes, nos résistances peuvent se rencontrer. Elles ont un socle commun d’après Yesha : « sans terre pas de nourriture, sans nourriture pas de liberté ». Batista a confirmé que la lutte contre l’accord UE-Mercosur est une lutte commune contre l’agrobusiness. S’il perçoit très fortement les impacts socio-environnementaux négatifs que les accords de libre-échange peuvent avoir sur les paysan·nes du Brésil, il perçoit aussi des enjeux et défis communs à relever en dialogue avec les association du Nord global. Eglantine rappelle quant à elle que nous luttons pour nos droits à gagner et à préserver pour ceux conquis et pourtant mis tous les jours en danger. Enfin, avant de lancer des débats en petits groupes, Damien rappelle que la souveraineté alimentaire c’est lutter contre un système économique et politique, et que l’alimentation n’est malheureusement pas encore un droit.
Avant de profiter d’un repas concocté par Le Début des Haricots, deux ateliers se sont tenus. Le 1er s’est organisé autour de plusieurs tables et questions pour tenter de dessiner le futur des luttes paysannes au regard des 30 années retracées. Le 2ème a tenté de répondre à comment s’organiser dans un contexte fascisant.
Après tout ce remue-méninge, la journée est loin d’être finie. Une journée de lutte paysanne du RéSAP ne peut échapper à une plantation de patate… Un moment symbolique a permis la transmission de terre du Brésil à une jeune paysanne bruxelloise. Enfin, place au repas et à la fête !
MOBILISATIONS AILLEURS EN BELGIQUE
17 AVRIL EN PROVINCE DU LUXEMBOURG
Ce vendredi 17 avril 2026, pour célébrer la journée mondiale des luttes paysannes, réaffirmer leur désaccord avec le Mercosur et partager leur lutte pour défendre l’agroécologie, l’équipe de La Petite Foire Paysanne a planté des patates. En traction animale, avec des paysan·nes de générations différentes mais aux réalités communes et aux volontés partagées de défendre l’agriculture paysanne, d’ici et d’ailleurs ! Ces patates, ils·elles les mangeront et les partagerons lors de La Petite Foire Paysanne, les 25 et 26 juillet prochains. L’agroécologie est paysanne et le restera !
www.LaPetiteFoire.be
18 AVRIL À ANVERS FACE À LA BOERENTOREN
Une centaine de citoyen·nes et d’agriculteur·rices se sont réunis face à la Boerentoren (tour des agriculteurs) d’Anvers. En ce jour de luttes paysannes, ils·elles dénoncent la hausse des prix des terres, le manque de prix juste et les technologies coûteuses dans le monde agricole. Pour preuve, en moyenne c’est 1.810 fermes qui disparaissent en Belgique chaque année.
Plus d’infos : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/04/18/actie-boeren-antwerpen-groenplaats-boerentoren/
Pour clôturer cette édition des Journées de luttes, le poème de Batista
"Ce 17 avril marque le 30e anniversaire du massacre d’Eldorado.
Une mémoire qui ne se tait pas
Nous nous en souvenons encore –
non pas comme un écho lointain,
mais comme une plaie ouverte qui persiste à respirer.
C’était le 17 avril 1996.
Et le temps n’a pas effacé le rouge sur la route,
ni le poids des corps tombés sur l’asphalte.
Nous étions nombreux,
nous ne faisions qu’un –
dans l’espoir, dans la lutte, dans la traversée en marche.
Et nous avons été interrompus
par la violence venue en uniforme,
par les coups de feu qui ont déchiré le droit de rêver.
Ce n’étaient pas des chiffres.
C’étaient des noms.
C’étaient des histoires interrompues au S du tournant.
Dix-neuf martyrs immédiats.
Soixante-neuf corps mutilés ;
des marques que le temps n’a pas cicatrisées.
Nous nous souvenons encore des cris –
pas perdus,
mais jetés sur la terre comme des graines de résistance.
Des gémissements déchirants,
du désespoir sans défense,
du silence momentané – lourd, suffocant.
Nous nous en souvenons encore
parce que nous sommes toujours vivants.
Et survivre, c’est aussi se souvenir de nos morts.
Je me souviens –
avec le 17 avril dans les yeux,
un massacre devant moi.
Et ceux qui étaient là
portent dans leur poitrine un sentiment qui ne s’efface pas :
la douleur qui ne s’apaise pas, la révolte croissante,
mais aussi le courage de continuer.
Trente ans plus tard,
la mémoire de la Curva ne s’incline pas.
La justice tarde,
mais l’histoire n’oublie pas.
Eldorado n’est pas le passé.
C’est la présence.
C’est une lutte qui bat encore dans le sol et dans le sang des Sans-Terre.
Le quatrième mois, jour dix-sept,
ce ne sont pas seulement dix-neuf ni vingt-et-un –
ce sont d’innombrables voix qui s’élèvent.
Et tant qu’il y aura de la mémoire,
il n’y aura ni silence ni oubli
mais la poursuite de la marche pour la terre
où germent la vie et le pain !"
Batista N. Silva














